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Dix (très) bonnes raisons de randonner pieds-nus (Et quelques histoires associées…)

Ceux qui suivent mon aventure sur le Chemin de Compostelle le savent, je le parcours pieds nus, parfois en claquettes. Suis-je guidé par la spiritualité, à la manière de ces rites indiens qui permettent d’accéder à l’extase par la douleur ? La vérité est toute autre :

1. Parce que je ne sais pas faire mes lacets :

J’ai donné cette réponse à une fille arrêtée sur le chemin, justement en train de relacer ses chaussures. Mon père s’est arraché les cheveux durant mon enfance criblée d’échec de nœuds et autres double-nœuds. Même à l’adolescence, quand nous naviguions ensemble, il nous est arrivé de longer les berges malgaches et mahoraises pour retrouver une planche mal attachée au bastingage. Alors que le nœud de chaise, c’est vraiment pas sorcier.

2. Pour travailler ma corne plantaire

Gamin, j’étais toujours pieds-nus, je faisais fi des graviers, des épines et traversais des chemins parsemés de tessons de verre et de clous rouillés quand je ne sautais pas de voiture en carcasse brûlant sous un soleil réunionnais dans la décharge près de chez mon cousin Pierrot. Rien ne perçait la corne que j’avais sous les pieds. Lors des vacances en France métropolitaine, je ne me déparais pas de l’habitude, on m’appelait Mimi Siku, tiré du film Un Indien dans la ville – qui a certainement très mal vieilli, maintenant que j’y pense. Si la corne devient épaisse, on peut marcher partout et ça réduit à 0€ le budget chaussures.

3. Parce que je n’aime pas puer des pieds

Il faut bien le dire, marcher des heures dans des chaussures fermées ne donne pas aux pieds l’odeur des roses. Ils cuisent dans les chaussures et s’il venait à pleuvoir, n’en parlons pas ! Honteux et confus, j’embaumais les voitures de ceux qui me prenaient en stop après de longues randonnées pluvieuses irlandaises, ils en baissaient la vitre malgré la météo diluvienne. J’ai fini par ranger mes baskets dans trois sacs plastiques au fond du sac de ma tente.

4. Parce que je n’aime pas laver mes chaussettes

Arrivé à l’étape, on peut se délasser, s’adonner à des activités (sieste, vérifier que l’étape du lendemain est moins pénible qu’aujourd’hui, boire une boisson chaude), voire l’absence d’activité. Laver, ce serait prolonger l’épreuve, ajouter un temps réserver à manipuler une entité puante qui dégorge d’un liquide noirâtre. Pas vraiment mon idée du plaisir.

5. D’ailleurs, je n’ai pas de chaussettes

J’avais bien une paire au départ mais, nouveau sac aidant, j’ai oublié l’existence de la poche où je les ai rangées, la laissant béante sur une longue portion. Dans la bataille, j’ai dû y laisser un coupe-ongle, un déodorant, quelques euros et quelques centimes malaisiens. Si vous me demandez pourquoi j’ai pris des centimes malaisiens sur le chemin de Compostelle : pas la moindre idée.

6. Pour faciliter le dialogue

Marcher pieds nus ne manquera pas d’interpeller les autres marcheurs qui n’hésiteront pas à vous demander quelles sont vos motivations pour vous lancer sur un chemin où tout le monde est en chaussures de randonnée montantes. En plus, avec cette liste, vous aurez même matière à répondre !

7. Pour la frime

Il faut le dire, devenir le taré sans chaussure sur un chemin de randonnée vous fera connaître comme le loup blanc. Ils parleront de vous entre eux, s’interrogeront comment vous avez passé telle bande de graviers (réponse : dans la souffrance) ou si le sang trouvé sur les cailloux tranchants vous appartient. Un moyen de vous faire connaître à peu de frais.

8. Pour éviter les ampoules

Pas de chaussure fermée, pas de frottement, pas d’ampoule. De quoi frimer quand les autres marcheurs appliquent crèvent leurs ampoules, les désinfectent, les pansent. Encore du temps gagné pour de meilleures activités post-randonnées (jeux de société, couture, devenir une rock star).

9. Par pur masochisme

Il faut le reconnaître, certains passages particulièrement rocailleux vous feront reconsidérer le bien-fondé de l’expérience de la nudité du pied (pédestre ? podochose ?), apprenez à recevoir la douleur et voyagez avec un ami qui saura prendre en photo vos expressions faciales déformées par l’épreuve. Un enregistreur audio saura capturer vos interjections les plus riches et participeront à l’Encyclopédie mondiale des jurons.

10. Pour découvrir de nouvelles caractéristiques du corps humain

Avouons-le, randonner sans chaussure n’est pas une activité que l’on pratique fréquemment, votre corps offrira donc des réactions inédites ! Par exemple, quand je lève ou plie les orteils, les articulations du haut du pied grincent comme un vieux grenier. En plus, j’ai mal à des endroits où j’ignorais que la douleur était possible. Fantastique !

Si avec tout ça, les sociétés de chaussures de randonnée ne sont pas en faillite d’ici la fin de l’année, je ne sais pas ce qu’il vous faut !

Et toi ? Quelles sont tes bonnes raisons de randonner comme tu le fais ?

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Le budget voyage, cette fumisterie

Je lis ça et là des conseils à propos du budget idéal pour partir en voyage pour un mois, une année, un lieu en particulier ou un tour du Monde. Souvent, ces articles sont pertinents, basés sur l’expérience, mais il ne s’agit jamais que d’une approche relative au mode de voyage de leurs auteurs et jamais – ô grand jamais – une référence absolue du voyage idéal. D’abord, parce qu’il n’y a pas de voyage qui conviendrait à tout le monde, mes endroits favoris sont honnis par d’autres tandis que l’évocation de Maurice ou Mayotte me provoque de l’urticaire. Ensuite, et surtout, parce que ça dépend de vous. Tout dépend de vous, de vos ressources personnelles, bagout, charisme, goût pour l’aventure, sens de la débrouille, des éléments que vous avez déjà. Limite, vous pourriez partir parcourir le Monde avant même de terminer la lecture de cet article – ce que je ne vous conseille pas car vous passeriez à côté d’un excellent papier et que vous n’êtes sûrement pas prêt à laisser un mot au propriétaire de votre logement stipulant « Je ne paye plus mon loyer parce que j’ai décidé de partir à l’aventure pour une durée indéterminée. », vous êtes bien trop raisonnable.

La notion de budget exclut les pauvres et renvoie le voyage au rang des loisirs de riches. Ce n’est pas le cas, tout le monde peut voyager – sauf les biélorusses et les afghans pour qui l’obtention des visas est une gageure mais ils n’avaient qu’à choisir des ovules mieux situés, sauf les handicapés sévères de type syndrome d’enfermement, sauf quelques autres que j’oublie mais partons du principe que vous n’êtes ni biélorusse, ni invalide à 90%, ni oublié. Bref, tout le monde peut voyager.

Derrière mes allures de vendeur de méthode miracle pour réussir sa vie se cache un message sincère : il n’y a pas besoin d’argent pour voyager. Du moins, pas d’énormément d’argent, pas d’un budget. Vous dépenserez certainement moins que l’exige la sédentarité. Voyez, en plus de deux ans, j’ai dépensé moins de 2500€, matériel et titres de transport compris, pour une vingtaine de destinations sur trois continents. Je triche un peu, on m’a payé certains déplacements, quelques voyages auraient dû coûter plus chers mais c’est une partie de ma démarche, aussi infime soit-elle.

L’argent est un moyen parmi d’autres, sûrement le plus paresseux puisqu’il donne la légitimité à celui qui le dépense d’obtenir ce qu’il exige : en avoir pour son argent. Dès lors, on instaure un domaine de commande qui permet sans aucun doute de développer l’économie du pays mais il s’agit de tourisme et ce n’est pas mon propos. Moi, je vous parle de voyager, de ne pas vous contenter d’une vitrine pittoresque mais d’interagir avec les éléments qui la constituent, de vous faire accepter par la population pour ce que vous êtes plutôt que pour vos possessions.

C’est plus impliquant, c’est sûr, ça demande un effort que vous ne voulez pas forcément fournir en vacances mais je vous ai seulement dit que c’était possible, pas que c’était donné. Ce n’est pas donné mais c’est loin d’être difficile, ça a même tendance à être plus facile avec le temps. De plus, le jeu en vaut la chandelle puisque l’expérience que vous en retirez est humaine, unique, quitte à moins connaître de l’Histoire d’un pays qui ne devrait pas vous intéresser tant que ça puisque vous ne l’avez pas vécu.

D’ailleurs, ce n’est pas parce que vous n’avez pas d’argent que vous raterez les activités touristiques. Escalade en Auvergne, chiens de traineaux en Scandinavie, ballon dirigeable au-dessus de la Cappadoce, luge dans les monts valaisans, musées nationaux un peu partout, mariage indien … toutes ces activités, je les ai pratiquées pour moins de dix euros, souvent gratuitement, en me liant d’amitié avec des locaux, en saisissant une opportunité.

Pour le logement et l’hygiène, demandez aux gens dans la rue, campez sauvagement, utilisez Couchsurfing. Pour la nourriture, préparez-vous vos plats, faites-vous inviter, participez à certaines tâches pour les mériter. Pour le déplacement, faites du stop, même pour traverser les océans, covoiturez, marchez, pédalez. Les moyens existent même s’ils vous contraignent à avancer moins vite – bien que je n’ai jamais mis plus de quatre jours en autostop entre Istanbul et Paris – à choisir une région spécifique plutôt que tout le pays si le temps vous manque ou à ne rien pouvoir planifier. Adoptez l’aléatoire, laissez-le se mêler à votre quotidien, il façonne vos capacités d’adaptation.

Cela dit, vous ne serez pas nécessairement confrontés à l’inconfort. Je suis monté dans plus de Porsche que de R5, ai dormi plus souvent dans un lit que dehors, ai mangé à ma faim quasiment tous les jours et, quand ce n’était pas le cas, c’était par paresse plutôt que par échec.

Je le répète enfin, l’aventure n’est pas non plus l’apanage de la masculinité, j’en ai rencontré des femmes qui voyageaient seules sans dépenser 20€ mensuellement. C’est à la portée de ceux qui en ont la volonté.