Le doute aux aurores

Aujourd’hui, pour la première fois de mon existence de voyageur, je suis inquiet.

Ce que je recherche dans mes pérégrinations, c’est la rencontre, l’aventure et tout un tas de choses qui composent la liberté. Ne pas savoir le matin où je serai le soir, l’ignorer souvent même quelques minutes avant de débusquer une chambre de fortune, c’est grisant. Est-ce que je me fais vieux voyageur ? Toujours est-il que je n’ai pas mon insouciance habituelle pour cette aventure. Comment pourrais-je l’avoir ? La marge de liberté est tronquée par le climat. Par vingt degrés Celsius, c’est facile de trouver un abri nocturne, par moins vingt, sans hôte, je suis mal.

Je sais bien que mon autonomie dépend du bon vouloir de mes contemporains. J’avance dans leurs pas, trouve refuge quand s’ouvrent leurs portes mais il n’a jamais été question de vie ou de mort. Au final, les questions qui me taraudent sont saines, elles proviennent de mon désir de survivre, prouvent que je ne suis pas suicidaire. Je tiens à ma peau, à lui éviter la chair de poule, le givre et l’amputation, une considération sensée, en somme.

« Qu’est-ce que tu fais si tu n’es pas pris en stop ? » Une question qu’on me pose souvent, que je ne me pose pas. On me prend en stop, un point c’est tout. J’en fais parce que ça fonctionne, m’arrêterai quand ça deviendra trop dur quitte à enfourcher un vélo pour continuer d’avancer.

La Laponie en vélo… Je caresse puis balaie l’idée. C’est fou, dangereux, mais ça permettrait de ne plus trop dépendre d’autrui. Je pédalerais jusqu’à trouver un logis ou pour me tenir chaud. Je balaie l’idée, j’ai dit.

C’est donc ça, la peur. Celle qui me fait saisir le confort quelques jours de plus quand on me le propose, ça fera ça de moins pour la route et la galère. C’est drôle, je n’ai rien ressenti de tel quand je vadrouillai dans les coins les plus extrémistes de la Turquie. Je crains l’indifférence des bons. Crever d’indifférence, le bec dans la neige, parce que personne ne peut me filer un coup de main. J’ai appréhendé ce voyage en me disant que les conditions extrêmes que je traverserai pousseront les mains à se tendre. J’ai comme un doute quand je vois qu’en une journée je serais allé plus loin en vélo.

Pas de vélo, on a dit ! Tu balaies aussi mal dans ta tête que chez toi, Antoine! Ah pardon, j’oubliais. C’est vrai, de chez toi, tu n’en as pas.

Les aurores boréales ont intérêt à mériter la pression qui m’accompagne. Pourquoi dénigrent-elles l’été? J’aurais aimé partager ce voyage avec quelqu’un. Affronter les coups durs, partager l’expérience, se soutenir comme dans les films de guerre où des types qui se demandent ce qu’ils font là finissent par mourir contre la photo d’une femme qui n’a plus à attendre.

Je n’avance pas pour devenir un homme, je veux juste réaliser mes rêves d’enfant. Je laisse le dépassement aux sportifs et autres héros, j’ai juste des envies d’aurores boréales et de découvertes de pays qui me sont encore inconnus. Alors, j’espère que tout se passera bien, que ma vie ne sera pas en danger, qu’il n’y a pas de raison de douter. Après tout, pourquoi les suédois seraient moins aimables que les autres ?

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6 réflexions sur “ Le doute aux aurores ”

  1. Hé ptit chou, nous fais pas un remake d’into the wild !
    T’en menais pas large non plus à Crowley, quand on a espéré en tendant le pouce toute la journée et que plus personne ne voulait nous aider, en pleine nuit, par ce froid glacial.
    J’espère que tu trouvera, et si ta tête te dis non, ne force pas. Ne soit pas fou, suis ton instinct. Si tu trouves un bon endroit, avec de la soupe chaude, restes y quelques jours, reprends des forces et reprends la foi.
    Fais attention à toi,

    Bisous

  2. Ce texte est magnifique, voir les aurores boréales est un de mes plus chers rêves, un jour j’espère pouvoir faire la même chose que toi. Je ressens ton stresse et tes peurs. J’en ai les larmes aux yeux, c’est émue que j’écris ces quelques lignes. Courage petit Vagabond! C’est merveilleux de croire en ses rêves, et peu se donnent les moyens de les réaliser.

  3. Très beau texte et touchant.
    Voyager surtout à ta façon n’est pas de tout repos ^^.
    Même si peu de personnes ont pour l’instant commenté, sache que je suis certain que beaucoup admirent ton courage dans ta démarche et quelque part se disent que tu ferais bien de préserver ta santé.
    A lire Twitter ça a l’air de passer 😉
    Bon courage.

    1. Ayant grandi à La Réunion, j’envisageais le froid avec la plus grande aversion. Rester bloqué sur le bord de la route, au milieu de nulle part quand les journées extrêmement courtes peut-être une expérience terrible mais j’ai toujours su user de mon bagout pour bien m’en sortir. Cette fois-ci, il m’a permis de m’équiper davantage, de trouver des logis sur des durées exceptionnelles.

      Finalement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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