La RATP et le papillon

J’aime les agents de la RATP. Bien sûr, de mon époque sédentaire, j’ai dû collectionner quelques feuillets rose, verts ou bleus qui devaient me coûter vingt fois le prix d’un ticket de métro dont les amendes ne parvenaient jamais qu’à des boîtes aux lettres obsolètes, mon goût pour les déménagements. Ma dernière rencontre avec des agents se fit dimanche dernier, au terme d’un pique-nique sur les bords du lac Daumesnil, à l’orée du bois de Vincennes.

La journée était riche en rencontres, en chansons et en discussions, ce qui est le cas lorsqu’on réunit dans un même événement des banquiers, des militaires et des engagés du NPA, mais là n’est pas le propos de mon histoire. L’important est de noter qu’il s’agit d’un dimanche d’avril, donc que notre manifestation coïncide (mort aux canards) avec un jour où la foire du trône est particulièrement fréquentée.

Bien qu’ils méconnaissent l’ampleur de notre pique-nique, les agents du métro sont au fait du succès de la foire et les voilà placés en fin de journée à l’entrée du souterrain, à quelques pas des tourniquets. Il m’est impossible de frauder sans entrer dans le champ de vision des contrôleurs ; le constat se partage avec la quinzaine de personnes faisant la queue aux bornes automatiques pour voyager en règle.

L’idée qui me tente de payer les presque deux euros qui légitimeraient ma présence dans le métropolitain est emportée par la foule qui me décide à marcher jusqu’à la prochaine station pour éviter ce corps de métier que je tiens en respect dans les deux sens du terme.

Accompagné de deux amis munis de pass navigo qui ont déjà franchi les tourniquets, je quitte la file pour les prévenir que je continuerai à pieds, formule officielle antipuce aux oreilles contrôleuses que je sais à portée d’ouïe.

Un événement rare se produit : alors que je m’approche du tourniquet, le voilà qu’il tourne et me laisse passer de lui-même avant de me retrouver bloqué contre la porte qui, elle, ne veut rien savoir. Je ne peux ni progresser ni revenir sur mes pas, papillon punaisé sous le regard lépidoptérophile d’une femme agent.
« Vous êtes bien, ici ? me demande-t-elle goguenarde.
– Ce n’est pas si désagréable mais je préfèrerais ne pas y passer la nuit. Je n’ai pas de quoi étendre mes jambes. »

S’ensuivent quelques réflexions sur ce qui poussent les êtres humains à ce genre de situations ridicules, quelques autres moqueries et piques sponsorisées par la régie autonome des transports parisiens.

Une âme charitable valide son ticket, me libérant de l’emprise du portillon et de l’humour d’une société de transports dont le nom fut déjà maintes fois énoncé. Me voilà en zone rouge, dans l’illégalité devant cinq-six agents, tiraillé entre l’envie d’aller de l’avant et la prudence qui me susurre le demi-tour. Je retrouve l’air collégien de l’élève qui ne sait toujours pas faire son produit en croix malgré les kilos de craies et les mètres cubes de soupirs de professeurs qui ne se faisaient pas à ma consciencieuse imbécilité.

Pour m’aider à prendre ma décision et comme pour remercier ma performance, la spectatrice ravie me fait signe de prendre les transports sans ticket. Le ticket, je crois l’avoir avec le réseau ferroviaire qui me met en bonne veine.

RATP, je t’aime et je souhaite que notre relation continuera ainsi encore longtemps.

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